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#Hardware · Adrien Morel

Pourquoi la RAM est si chère en 2026 et comment adapter votre upgrade PC

Pourquoi la RAM est si chère en 2026 et comment adapter votre upgrade PC

La RAM est chère parce que les trois fabricants qui produisent l'essentiel de la mémoire mondiale, Samsung, SK hynix et Micron, consacrent une part croissante de leur capacité à la mémoire destinée aux accélérateurs d'IA. Il reste moins de production pour la DDR4 et la DDR5 des PC, et les prix ont explosé. Un kit de 32 Go de DDR5-6000 se trouvait sous la barre des 100 dollars à l'été 2025. Fin septembre 2026, les trackers de prix américains l'affichent entre environ 400 et 560 dollars. Personne dans l'industrie ne prévoit de vrai retour à la normale avant 2027, et plusieurs acteurs parlent de 2028.

Il n'est pas impossible de monter ou d'upgrader un PC pour autant, mais il faut changer de raisonnement. La mémoire n'est plus un poste secondaire qu'on dimensionne large sans y penser. C'est devenu l'un des composants qui pèsent le plus dans le budget, et chaque décision doit en tenir compte : capacité, plateforme, réutilisation, timing d'achat.

Pourquoi la RAM est si chère en 2026 et comment adapter votre upgrade PC

Ce qui s'est réellement passé

Pour comprendre la situation, il faut distinguer deux marchés. La DRAM « conventionnelle » (DDR4, DDR5, LPDDR) équipe les PC, les smartphones et les serveurs classiques. La HBM, High Bandwidth Memory, est une mémoire empilée en couches et montée au plus près des puces des accélérateurs d'IA de NVIDIA ou AMD. Les deux sortent des mêmes usines et se disputent les mêmes wafers de silicium.

Depuis 2025, la demande des centres de données IA pour la HBM dépasse largement l'offre, et la HBM est beaucoup plus rentable par wafer que la DDR5 grand public. Les fabricants ont donc orienté leurs lignes vers elle. Chez Micron, par exemple, la part de la HBM et des autres mémoires liées au cloud est passée d'environ 17 % du chiffre d'affaires DRAM en 2023 à près de la moitié en 2025. La production de DRAM conventionnelle n'a pas disparu, mais elle ne suit plus la demande.

Les prix l'ont reflété avec une violence rarement vue sur ce marché :

  • Sur le marché spot, une puce DDR5 de 16 Gb est passée d'environ 6,84 dollars en septembre 2025 à 27,20 dollars en décembre 2025, soit près de 300 % de hausse en un trimestre selon l'index de prix de Tom's Hardware.

  • Le cabinet TrendForce a mesuré une hausse des prix contractuels de la DRAM conventionnelle de 93 à 98 % d'un trimestre à l'autre au premier trimestre 2026, la hausse la plus rapide jamais enregistrée sur ce segment.

  • Au détail, la hausse a suivi avec quelques semaines de retard. Les kits DDR5 32 Go qui coûtaient moins de 100 dollars mi-2025 dépassent les 400 dollars chez la plupart des revendeurs suivis par les trackers américains en septembre 2026.

Ces chiffres concernent surtout le marché américain, le mieux documenté. En Europe, les prix en euros ont suivi la même tendance, avec des écarts selon les revendeurs et les stocks. Le plus fiable reste de comparer vous-même l'historique de prix d'un kit précis sur un comparateur.

La DDR4 n'échappe pas à la crise. Les fabricants réduisent sa production pour la remplacer par de la DDR5 et de la HBM, ce qui fait grimper son prix alors qu'elle est en fin de vie. Elle reste toutefois nettement moins chère par gigaoctet que la DDR5.

Combien de temps cela va durer

Il n'y a pas de réponse certaine, mais les signaux convergent vers une crise longue.

En février 2026, le PDG d'Intel, Lip-Bu Tan, a déclaré lors d'une conférence que deux acteurs majeurs de la mémoire lui avaient dit qu'il n'y aurait « pas de répit avant 2028 ». C'est une citation rapportée, pas une prévision officielle des fabricants, mais elle correspond au calendrier des nouvelles usines. Micron attend une production de son usine HBM de Singapour en 2027, reconvertit un site à Taïwan pour une production au second semestre 2027, et son complexe DRAM de l'État de New York n'atteindra sa pleine production qu'en 2030. Samsung prévoit de démarrer une nouvelle usine à Pyeongtaek en 2028.

Il faut deux à trois ans pour construire une usine de mémoire, et la première capacité supplémentaire ira en priorité à la HBM, là où sont les marges. Un recul de la demande IA pourrait accélérer la détente, mais rien ne l'annonce aujourd'hui. Pour planifier un achat, l'hypothèse raisonnable est que les prix de fin 2026 sont plus proches d'un plancher que d'un plafond, et qu'une baisse significative ne viendra pas avant 2027 au mieux.

Ce que ça change pour un PC gamer

La conséquence la plus directe est un changement de répartition du budget. Dans une configuration gaming classique de 2024 ou 2025, 32 Go de DDR5 représentaient une petite part du prix total, loin derrière la carte graphique et le processeur. En 2026, le même kit peut coûter autant qu'un processeur milieu de gamme, voire plus.

Les guides de configuration écrits avant la crise sont donc à relire avec prudence. Une configuration à 1 000 euros pensée avec 32 Go de DDR5 à prix normal ne tient plus dans le même budget sans compromis ailleurs.

La crise touche aussi indirectement d'autres composants. Les cartes graphiques utilisent de la GDDR, et la hausse des coûts mémoire est régulièrement citée parmi les facteurs de prix des GPU haut de gamme. Les PC portables et les machines préassemblées subissent la même pression : plusieurs fabricants, dont Dell et Lenovo, ont annoncé des hausses de prix liées à la mémoire. Même les consoles et les machines de jeu ont été revues à la hausse en 2026.

Stratégies concrètes selon votre situation

Vous avez déjà une plateforme DDR4 : gardez-la

Si votre PC tourne sur un AM4 (Ryzen 3000 et 5000) ou sur une carte mère Intel LGA1700 DDR4 (12e, 13e ou 14e génération Core), c'est le moment le moins opportun pour migrer vers une plateforme DDR5. Changer de plateforme implique aujourd'hui d'acheter processeur, carte mère et mémoire au prix fort. Vous perdez en plus la valeur de revente de votre DDR4.

Le meilleur rapport performances/prix est souvent d'upgrader dans la plateforme : un processeur plus rapide sur le même socket après mise à jour du BIOS, ou une carte graphique plus puissante. Sur AM4, un Ryzen 5000 récent sur une carte mère existante reste une option très solide pour le jeu. Vérifiez toujours la liste de compatibilité CPU de votre carte mère et la version de BIOS requise avant d'acheter.

Vous montez un PC neuf : dimensionnez au plus juste

Pour le jeu en 2026, 32 Go reste la cible confortable, et 16 Go reste jouable dans la majorité des titres si vous fermez les applications gourmandes en arrière-plan. La différence de prix entre 16 et 32 Go est aujourd'hui considérable. Si le budget coince, deux options sont défendables :

  • Prendre 2 × 16 Go et rogner ailleurs, par exemple un SSD de 1 To au lieu de 2 To ou un boîtier plus simple. La RAM est un composant que vous garderez longtemps.

  • Commencer avec 2 × 8 Go et remplacer le kit entier plus tard, en revendant l'ancien. Plan acceptable, mais il faut l'assumer comme temporaire.

À éviter : payer pour une fréquence élevée. L'écart en jeu entre un kit DDR5 raisonnable (par exemple 5600 ou 6000 MT/s) et un kit très haut de gamme est faible dans la plupart des titres. Avec des prix gonflés, chaque palier de fréquence au-delà du « sweet spot » de votre plateforme coûte très cher pour un gain marginal.

Le piège des quatre barrettes

La tentation évidente est d'ajouter une deuxième paire de barrettes à un kit existant au lieu de racheter un kit complet. En DDR5, c'est souvent une mauvaise idée. Les contrôleurs mémoire des plateformes AM5 et Intel actuelles gèrent nettement moins bien quatre barrettes que deux. Avec quatre modules, la fréquence stable atteignable baisse en général nettement, parfois bien en dessous de la vitesse annoncée du kit. S'y ajoutent les risques d'instabilité quand on mélange deux kits achetés séparément, même de même référence.

Si vous devez passer de 32 à 64 Go, un kit 2 × 32 Go (quitte à revendre l'ancien 2 × 16 Go) est presque toujours préférable à 4 × 16 Go.

L'occasion, avec des précautions

La RAM est l'un des composants les plus sûrs à acheter d'occasion : pas de pièces mobiles, et une usure négligeable en usage normal. Avec des prix neufs quadruplés, le marché de l'occasion devient une vraie option. Précautions de base :

  • Testez la mémoire dès réception avec un outil comme MemTest86 pendant plusieurs passes.

  • Vérifiez que le kit est bien un UDIMM (barrettes standard pour PC de bureau). Les RDIMM de serveur, abondants sur les plateformes de revente, ne fonctionnent pas sur les cartes mères grand public. Les SO-DIMM sont réservés aux portables et mini-PC.

  • Préférez des kits complets (deux barrettes vendues ensemble) à des barrettes isolées à assembler.

Méfiez-vous aussi des offres trop belles pour être vraies. Les pénuries attirent les contrefaçons et les arnaques, notamment sur les marketplaces.

L'IA locale, la situation la plus douloureuse

Les utilisateurs qui veulent faire tourner des modèles de langage en local sont les plus touchés. Pour ces usages, la capacité mémoire compte plus que presque tout le reste : VRAM de la carte graphique d'abord, puis RAM système quand le modèle déborde. Des configurations à 64 ou 128 Go étaient abordables en 2025. Elles sont devenues un investissement lourd.

Si vous vous lancez dans l'IA locale, commencez par des modèles plus petits et quantifiés, qui tiennent dans la VRAM de votre GPU actuel, avant d'investir dans une grosse capacité de RAM système. Beaucoup d'usages courants ne justifient pas 128 Go.

Acheter maintenant ou attendre

La réponse honnête dépend de votre besoin, pas d'une prévision de marché.

Si vous avez besoin d'un PC maintenant, parce que votre machine actuelle est en panne, trop lente pour votre travail ou incapable de lancer les jeux qui vous intéressent, attendre une baisse qui ne viendra probablement pas avant 2027 n'a pas de sens. Achetez ce dont vous avez besoin, dimensionnez au plus juste, et évitez de payer pour des fonctionnalités superflues.

Si votre PC actuel vous convient, rien ne vous oblige à upgrader pendant le pic. La décision la plus rentable en 2026 est parfois de ne rien changer, ou de se contenter d'un upgrade GPU ou CPU dans la plateforme existante.

N'achetez pas de RAM par spéculation. Stocker des barrettes en pariant sur une nouvelle hausse est un pari, pas une stratégie matérielle. Les prix de détail suivent les prix contractuels avec quelques semaines de retard, et personne ne connaît leur trajectoire exacte.

Un dernier point souvent oublié : les PC préassemblés et les portables des grands fabricants bénéficient parfois de contrats d'approvisionnement signés avant certaines hausses. Selon les modèles et les périodes, une machine complète peut donc revenir moins cher que la somme de ses composants achetés séparément. Ce n'est pas systématique, et ces mêmes fabricants ont annoncé des hausses, mais la comparaison vaut la peine.

Ce qu'il faut surveiller dans les mois qui viennent

Trois indicateurs donneront les premiers signes d'une détente :

  1. Les prix contractuels de la DRAM publiés chaque trimestre par TrendForce. Une stabilisation, puis une baisse, précèdent les baisses au détail de plusieurs semaines.

  2. Le discours des fabricants lors de leurs résultats trimestriels. Un changement de ton de Samsung, SK hynix ou Micron sur l'équilibre offre/demande serait un signal fort.

  3. Le rythme des investissements dans les centres de données IA. C'est la variable dont tout dépend. Un ralentissement se répercuterait sur la demande de HBM, puis, avec un décalage, sur la DRAM des PC.

D'ici là, le principe est simple : traitez la mémoire comme un composant cher, dimensionnez-la avec soin, et gardez votre plateforme actuelle aussi longtemps qu'elle répond à vos besoins.

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